L'identification précise des équipements militaires, et particulièrement des gourdes, peut s'avérer complexe, car les modèles ont évolué et ont été utilisés par différentes branches de l'armée au fil du temps. La gourde française, objet de collection et d'intérêt historique, présente des caractéristiques spécifiques qui permettent de distinguer son origine et son affectation.
Le Modèle 1935 et ses Variations
Le "bidon modèle 35" est une référence courante dans le contexte des gourdes françaises. Il se distingue par la présence de deux sanglons de chaque côté. Cette conception suggère une robustesse et une adaptabilité à différents modes de portage. La question se pose quant à la possibilité que la sangle ait été ajoutée postérieurement à sa fabrication initiale, dans le cadre d'une réutilisation par l'Armée de l'Air, la Marine ou la Gendarmerie après la Seconde Guerre mondiale.

La Sangle : Indicateur d'Appartenance
La couleur de la sangle joue un rôle crucial dans l'identification de l'arme d'appartenance de la gourde. Il est généralement admis que l'Armée de l'Air utilisait une sangle noire. En revanche, les chasseurs, souvent représentés en tenue kaki, étaient associés à une sangle fauve. Cette distinction, bien que subtile, est un élément clé pour les collectionneurs et les historiens militaires.
Il est également possible de trouver la mention "AIR" tamponnée sur l'étiquette ou au dos de la sangle, confirmant ainsi une affectation à l'Armée de l'Air. Ces gourdes avec sangle noire sont souvent datées des années 40, ce qui correspond à la période de la Seconde Guerre mondiale.
L'Usage des Chasseurs et les Modèles Anciens
Concernant les chasseurs, les représentations d'entre-deux-guerres, notamment dans les aquarelles de Lajoux et Leroux, montrent des chasseurs en tenue "kaki" équipés de housses de gourde bleues. Il s'agissait alors de modèles 1877, portés par les chasseurs jusqu'à l'épuisement des stocks. L'adoption du modèle présenté ici, avec une configuration de sangle spécifique, semble ne pas avoir été généralisée chez les chasseurs en 1940. Des éléments suggèrent une utilisation plus tardive, potentiellement en 1944 durant la bataille des Alpes, après que certains bataillons aient récupéré des stocks issus de l'organisation "Jeunesse et Montagne".

La Position de la Sangle et son Usage Pratique
La position de la sangle sur certaines gourdes peut soulever des interrogations quant à leur mode de portage et à leur utilité réelle sur le terrain. Une sangle positionnée d'une manière particulière, comme celle observée sur une gourde d'Armée de l'Air, peut laisser penser qu'elle n'était pas conçue pour un usage intensif en opération. Il est plausible que ces gourdes fussent davantage utilisées dans les casernements, les bases aériennes ou pour des fonctions moins exposées, où la nécessité d'un portage très sécurisé et fonctionnel sur le terrain était moindre. L'exemple d'un mécanicien dans une base école dont la gourde présentait cette configuration renforce cette hypothèse.
L'État de Conservation des Housses
Un aspect important de la collection de ces gourdes concerne l'état de conservation de leurs housses. Il n'est pas rare que les housses aient rétréci avec le temps, rendant leur fermeture complète difficile. Cette altération, bien que regrettable pour la préservation de l'objet dans son état d'origine, ne diminue pas nécessairement son intérêt historique et ne sera pas une expérience isolée pour les collectionneurs. Le remplacement du lacet de la housse peut être une solution pour en améliorer la fonctionnalité.
La complexité de ces équipements réside dans leur histoire d'utilisation et de réutilisation par différentes branches militaires, rendant chaque pièce potentiellement porteuse d'une histoire unique. L'étude attentive des détails, tels que la couleur de la sangle, les marquages éventuels et la configuration générale, permet de mieux appréhender leur rôle et leur appartenance au sein des forces armées françaises.