L'obstruction nasale chez le chiot, particulièrement chez les races brachycéphales, peut entraîner une insuffisance respiratoire sévère, impactant significativement leur qualité de vie. Heureusement, des techniques vétérinaires réparatrices, lorsqu'elles sont appliquées précocement et avec précision, permettent de corriger ces tares physiques et de rendre aux animaux une vie pratiquement normale. Ce guide explore en détail les différentes méthodes de désobstruction des narines, en mettant l'accent sur les aspects chirurgicaux, les techniques de réanimation néonatale et les affections courantes pouvant causer une obstruction nasale chez le chiot.
Comprendre le Syndrome d'Obstruction des Voies Respiratoires Supérieures chez les Races Brachycéphales (SORB)
Les chiens de races brachycéphales, caractérisés par leur museau court et leur face aplatie, sont intrinsèquement prédisposés au développement d'un syndrome d'obstruction des voies respiratoires supérieures (SORB). Cette conformation faciale engendre plusieurs anomalies anatomiques qui, individuellement ou collectivement, peuvent entraîner une insuffisance respiratoire. Parmi les trois entités principales traitées chirurgicalement, on retrouve :
- La sténose des narines : un rétrécissement des ouvertures nasales qui limite le passage de l'air.
- L'élongation et/ou l'épaississement du palais mou : une obstruction du pharynx due à un palais trop long ou trop épais.
- L'éversion des ventricules laryngés : le premier stade du collapsus laryngé, où la muqueuse des ventricules sort de sa position normale.
Récemment, l'imagerie médicale, telle que l'IRM et le scanner, a permis de confirmer l'implication des cornets nasaux dans ces obstructions, ouvrant la voie à de nouvelles approches thérapeutiques.

Il est crucial d'intervenir précocement, dès l'apparition des premiers signes cliniques, pour prévenir ou enrayer le caractère évolutif et auto-aggravant du syndrome. Un modèle de "scoring" du SORB, quantifiant la sévérité du syndrome à l'aide de la pléthysmographie barométrique, a été proposé pour aider à la décision thérapeutique.
Techniques Chirurgicales de Correction de la Sténose Nasale
La sténose des narines est l'une des anomalies les plus couramment corrigées chirurgicalement. L'objectif est d'augmenter l'ouverture des narines en profondeur. Plusieurs techniques existent, visant toutes à élargir les narines et à faciliter la respiration.
Rhinoplastie en V inversé
Cette technique, l'une des plus pratiquées, consiste en l'exérèse d'une portion de l'aile du nez et de la partie rostrale du pli alaire, en incisant le cartilage alaire. L'incision est réalisée à la lame froide de 11 en forme de V inversé, avec un trait d'incision médial et vertical, et une autre incision latérale oblique. L'incision est poursuivie en profondeur pour pratiquer l'exérèse de la partie rostrale du pli alaire et obtenir une ouverture satisfaisante sur le vestibule nasal. La latéralisation de la portion de narine restante est assurée par des points de suture.
L'hémorragie, bien que potentiellement profuse lors de l'incision à la lame de bistouri, est généralement jugulée par compression et se tarit avec la mise en place du premier point de suture. Il est essentiel d'éviter l'incision du plancher de la narine pour ne pas aggraver le saignement.
Rhinoplastie par punch à biopsie
Cette technique repose sur les mêmes principes que la rhinoplastie en coin vertical, mais diffère par l'emplacement des incisions. Elle utilise un punch à biopsie pour réséquer un coin de narine. Un punch de 2 à 6 mm peut être choisi pour enlever un morceau circulaire dans la partie la plus charnue de l'aile latérale de la narine.
Alapexie
L'alapexie est une technique qui consiste en une abduction de l'aile du nez par sa fixation permanente à la peau adjacente latéralement. Elle est réalisée par une incision elliptique de 0,5 à 1 cm ventro-latéralement aux ailes du nez à la lame froide. La peau entre les deux incisions est retirée, et la plaie est fermée par un surjet sous-cutané et cutané avec un monofilament résorbable.
Importance de l'âge et des résultats
Quelle que soit la technique sélectionnée, elle peut être mise en œuvre dès le plus jeune âge. Une étude menée chez des chiots de race Shi Tzu âgés de moins de 6 mois a démontré qu'une rhinoplastie précoce (avant 6 mois) produit une amélioration clinique statistiquement significative, réduisant l'obstruction des voies respiratoires hautes et limitant la progression des autres entités du SORB. Une résolution complète des signes cliniques associés à la sténose des narines (dyspnée, intolérance à l'effort, bruits respiratoires) a été constatée chez tous les chiots opérés. Le principal écueil de cette étape est de ne retirer que la partie la plus externe de la narine, sans travailler suffisamment en profondeur pour obtenir la latéralisation du cartilage alaire.
Techniques Chirurgicales pour le Palais Mou
L'allongement ou l'épaississement du palais mou constitue un autre obstacle majeur à la respiration chez les chiens brachycéphales. Plusieurs procédures visent à corriger ces anomalies.
Palatoplastie de raccourcissement
Cette technique vise à réduire la longueur du palais mou jusqu'au bord crânial des amygdales. L'animal est positionné en décubitus sternal, gueule ouverte. Une traction rostrale est appliquée sur le bord caudal du palais mou pour évaluer sa longueur et déterminer l'emplacement de l'incision.
Historiquement, la section du palais mou était réalisée avec des ciseaux froids. Cependant, cette méthode a été supplantée par des techniques utilisant différentes modalités d'électrochirurgie, telles qu'un bistouri électrique monopolaire, un laser CO2, un laser diode, ou un instrument de fusion tissulaire (Ligasure®). L'utilisation d'un bistouri électrique bipolaire permet une hémostase plus précise, tandis que le laser CO2 ou le Ligasure® réduisent le temps opératoire et le traumatisme tissulaire. Des techniques plus récentes incluent l'utilisation d'un bistouri à ultrasons ou d'un instrument de coblation, qui permettent une résection rapide avec une parfaite hémostase.
5) TPLO Préparation du patient
Lors de la section du palais mou, trois épaisseurs tissulaires sont exposées : la muqueuse orale, les muscles palatins et la muqueuse pharyngée. La suture du bord libre du palais mou exposé par la résection réunit les muqueuses orale et pharyngée, recouvrant le tissu musculaire palatin. L'absence de suture peut entraîner des saignements itératifs et des granulomes cicatriciels si le muscle palatin n'est pas recouvert. Cependant, la nécessité absolue de suturer le palais mou après son raccourcissement est débattue, notamment en raison de l'efficacité de l'hémostase des nouvelles techniques d'électrochirurgie.
Palatoplastie de désépaississement
Cette technique plus récente consiste d'abord à désépaissir le palais mou dans sa partie oropharyngée, puis à replier sur elle-même, ventralement, la muqueuse nasopharyngée préservée, de caudal en crânial, pour obtenir un effet de raccourcissement supplémentaire. Une incision en trapèze est réalisée, et la muqueuse orale, ainsi que les muscles palatins, sont retirés. La muqueuse nasopharyngée et la sous-muqueuse sont ensuite repliées sur elles-mêmes et suturées. L'avantage théorique est de permettre à la fois un amincissement et un raccourcissement du palais mou, améliorant ainsi la prise en charge du collapsus pharyngé.
Correction du Collapsus Laryngé
Le collapsus laryngé est une conséquence fréquente du SORB. L'éversion des ventricules laryngés correspond au stade 1. Une correction précoce des autres composantes du SORB (rhinoplastie, palatoplastie) suffit parfois à améliorer les signes cliniques associés à cette éversion.
Ventriculectomie
En l'absence d'amélioration, une ventriculectomie, qui correspond à la résection de la muqueuse des ventricules laryngés, peut être réalisée. La difficulté réside dans la visualisation du larynx et de la glotte, parfois rendue ardue par l'œdème des ventricules. L'utilisation d'instruments fins et longs est facilitée en repoussant la sonde endotrachéale. Les saignements sont exceptionnels et peuvent être maîtrisés par compression.
Un œdème postopératoire obstructif peut survenir, d'où l'importance de manipuler les tissus avec le moins de traumatisme possible. L'utilisation de laser ou d'électrocoagulation doit être prudente pour ne pas amplifier l'inflammation. Une étude a montré que la ventriculectomie est associée à une augmentation de la morbidité postopératoire, bien que celle-ci semble corrélée au degré de collapsus laryngé. Les complications postopératoires incluent des troubles respiratoires ou digestifs (toux, dyspnée, bronchopneumonie par fausse déglutition, régurgitations).
Il était longtemps admis que le traitement des affections primaires par rhinoplastie et palatoplastie permettait une régression spontanée des éversions. Cependant, les stades II et III du collapsus laryngé, correspondant à un effondrement des processus cunéiformes et corniculés des cartilages aryténoïdes, peuvent également nécessiter une intervention chirurgicale. Dans la plupart des cas, le traitement des causes primaires du SORB, associé à une exérèse des ventricules laryngés, suffit à améliorer le tableau clinique, même en cas de collapsus de stade II ou III.
Traitement des Anomalies des Cornets Nasaux
La résistance au passage de l'air concerne souvent la sphère nasale, notamment en raison de l'hyperplasie des cornets nasaux.
Turbinectomie partielle
Cette technique, peu utilisée en pratique en raison de son caractère invasif et de sa technicité, vise à réaliser l'ablation des cornets nasaux qui obstruent le passage de l'air. Elle est indiquée dans les cas de SORB sévère avec une architecture des cornets nasaux fortement modifiée.
Des développements récents, exploitant l'imagerie en coupe et l'utilisation du laser diode sous contrôle rhinoscopique, ont permis d'améliorer cette technique. La coagulation profonde des tissus est obtenue grâce à la bonne pénétration tissulaire du laser diode. L'intervention peut concerner les cornets nasaux rostraux et caudaux, ou uniquement le cornet nasal caudal si le cornet rostral est sain.

Les résultats sont encourageants, avec une réduction significative des signes cliniques. Cependant, des cicatrisations hypertrophiques des cornets nasaux sont décrites, nécessitant dans 15,8 % des cas une reprise chirurgicale. Malgré son caractère invasif, cette intervention ne semble pas entraîner de conséquences délétères sur l'olfaction, certains propriétaires observant même une amélioration de l'odorat de leur animal.
Autres Anomalies et Techniques
Rétroversion de l'épiglotte
Récemment décrite comme une conséquence potentielle du SORB, la rétroversion de l'épiglotte peut être traitée par pexie, visant à maintenir l'épiglotte en position horizontale pour faciliter le passage de l'air. La technique consiste à retirer un fragment de muqueuse sur la face craniale de l'épiglotte et à la suturer à la base de la langue. Cependant, une étude rapporte un taux de complications majeures de 48 % lors de la correction chirurgicale d'une rétroversion de l'épiglotte. La pexie incisionnelle de l'épiglotte reste la technique de référence, considérée comme la plus sûre, mais présente un taux de récidives de 37 %.
Éversion des amygdales
En cas d'éversion des amygdales, qui peuvent alors contribuer à l'obstruction, des interventions chirurgicales peuvent être envisagées, bien que les détails spécifiques ne soient pas entièrement développés dans les informations fournies.
Réanimation Néonatale et Soins aux Chiots
Au-delà des interventions chirurgicales correctrices, la prise en charge des chiots dès la naissance est primordiale, notamment en cas de difficultés respiratoires ou d'obstruction des voies nasales.
Étapes de la réanimation néonatale
Lorsqu'un chiot est expulsé encore recouvert de son enveloppe amniotique, il est essentiel de lui permettre de prendre sa première respiration.
- Dégager les voies respiratoires : Le chiot doit être positionné tête en bas pour faciliter l'expectoration du liquide présent dans ses voies digestives. Il est primordial d'aspirer le liquide dans la bouche et au niveau des narines.
- Stimuler la respiration : Après avoir dégagé les voies respiratoires, le chiot est pris dans une main, la tête maintenue entre les doigts, orienté tête en bas et frictionné. Une ré-aspiration dans les voies respiratoires peut être effectuée, suivie d'une nouvelle friction.
- Maintenir la température corporelle : Le chiot doit être placé dans une ambiance réchauffée (28 à 32 °C) avec une humidité suffisante (60 à 70%). Il n'est pas nécessaire de le mettre au chaud pendant les deux premières minutes de réanimation.
- Assurer l'apport de colostrum : La prise du premier lait, le colostrum, est essentielle pour l'apport d'anticorps. La barrière digestive n'est perméable que pendant une douzaine d'heures, et la concentration d'anticorps diminue rapidement. Il n'est pas nécessaire d'attendre la fin de la mise-bas pour la première tétée, surtout dans les grandes portées.
Gestion du cordon ombilical
Lorsque la mère décroche le placenta, le cordon ombilical peut continuer de saigner. Il faut alors le couper en laissant plusieurs centimètres de cordon côté chiot, et ligaturer ce cordon avec du fil. Une fois la mise-bas terminée, il est important de veiller à l'hygiène du cordon jusqu'à ce qu'il sèche. L'utilisation d'une solution chlorée ou de teinture d'iode peut réduire le risque infectieux.
Pesée et examen général
Chaque chiot doit être pesé quotidiennement pendant la croissance. Un examen général doit être effectué pour détecter d'éventuelles anomalies congénitales, telles que le bec de lièvre, une fente palatine, ou une perforation anale incorrecte.
Causes Courantes d'Écoulement Nasal et de Nez Bouché chez le Chiot
Un nez bouché ou un écoulement nasal chez le chiot peut avoir diverses origines.
- Rhume et infections des voies respiratoires : Similaires aux humains, les chiens peuvent attraper froid, bien que les virus soient différents. Les symptômes incluent éternuements, toux et écoulement nasal. La durée d'un rhume canin varie généralement entre une et deux semaines. Un écoulement nasal vert ou jaune peut indiquer une infection bactérienne.
- Irritation des muqueuses nasales : La poussière, la fumée ou des allergènes peuvent irriter les muqueuses nasales et provoquer des éternuements.
- Corps étrangers : Les chiots, curieux, peuvent introduire un corps étranger dans leur narine, causant un écoulement nasal.
- Rhinite : Il s'agit d'une inflammation de la muqueuse nasale pouvant avoir des origines allergiques, infectieuses ou environnementales. Les symptômes comprennent éternuements, écoulement nasal, difficultés respiratoires et baisse d'appétit.
- Grippe canine : Une affection virale affectant les voies respiratoires, avec des symptômes similaires au rhume.
- Polype nasal : Une masse charnue non cancéreuse dans la cavité nasale ou le nasopharynx, nécessitant souvent une intervention chirurgicale.
- Déshydratation : Peut entraîner un nez sec et potentiellement bouché.
Procédure de désobstruction rhinopharyngée (lavage de nez)
Pour les chiots, un lavage de nez avec du sérum physiologique peut aider à évacuer les sécrétions nasales. Le chiot est allongé sur le dos ou le côté, la tête maintenue sur le côté pour éviter les fausses routes. L'embout de la dosette de sérum physiologique est placé à l'entrée de la narine la plus haute, et le contenu est introduit doucement.
Il est important de noter que le nez bouché chez un chien peut également être un signe de diverses conditions, et un écoulement nasal, qu'il soit clair ou coloré, nécessite une consultation vétérinaire pour un diagnostic précis. Les sécrétions nasales, accompagnées parfois d'un saignement de nez, peuvent indiquer des problèmes allant d'un simple rhume à des infections plus graves.
La gestion précoce et appropriée des obstructions nasales chez le chiot, qu'elles soient d'origine congénitale ou acquise, est essentielle pour assurer son bien-être et sa santé respiratoire à long terme. La collaboration entre les propriétaires et les vétérinaires est primordiale pour identifier les signes précoces et mettre en œuvre les traitements les plus adaptés.