Le Cornage Équin : Comprendre le Bruit du Galop et ses Implications

« Mais qu’est-ce que c’est que ce bruit !? » C’est la première question qui nous vient à l’esprit quand on entend pour la première fois ce ronflement caractéristique qu’on appelle le cornage et qui fait ressembler votre cheval à une locomotive. Ce bruit peut se révéler impressionnant pour le cavalier qui est généralement alerté le premier. Mais c’est quoi en fait le cornage ? A quoi est-ce dû ? Est-ce un handicap pour le cheval ? Et que faut-il faire ? Loin d'être un simple problème de bruit, le cornage est une manifestation de difficultés respiratoires sous-jacentes, qui peuvent avoir un impact significatif sur la santé et les performances de l'athlète équin.

Cheval au galop

Le Cheval et ses Spécificités Respiratoires

Une compréhension approfondie du cornage nécessite de se pencher sur l'anatomie et la physiologie respiratoires du cheval. Contrairement à l'homme, le cheval ne peut respirer que par le nez. Cette particularité anatomique, bien qu'adaptée à un mode de vie herbivore et à la fuite, impose des contraintes significatives, surtout lors d'efforts intenses.

Pour mieux appréhender ces contraintes, examinons les principaux éléments du système respiratoire équin :

  • La cavité nasale : L'entrée principale de l'air.
  • La cavité buccale : La bouche, qui chez le cheval, ne peut pas servir de voie respiratoire principale lors de l'effort.
  • Le palais dur : Sépare la cavité nasale de la cavité buccale.
  • Le palais mou : Sa longueur est une caractéristique clé. Il sépare la bouche du pharynx et peut, en cas de dysfonctionnement, obstruer le passage vers la trachée.
  • Le pharynx : Carrefour des voies respiratoires et digestives.
  • L'œsophage : Conduit les aliments vers l'estomac.
  • La trachée : Conduit l'air vers les poumons.
  • Le larynx : Un organe cartilagineux essentiel, situé entre le pharynx et la trachée, qui joue un rôle crucial dans la régulation du passage de l'air et de la nourriture.

La particularité du palais mou chez le cheval, très long, peut effectivement boucher le passage entre la bouche et la trachée. Chez l'homme, ce palais est plus court, permettant une communication plus aisée entre la bouche et la trachée.

Le larynx, en particulier, est un acteur majeur dans la respiration équine. Il est composé de petits cartilages, les aryténoïdes, qui agissent comme des portes. Lors de la respiration, ces "portes" doivent s'ouvrir pour permettre un flux d'air maximal. Le palais mou, quant à lui, se positionne pour fermer la voie digestive lorsque le cheval respire, et se soulève pour permettre le passage des aliments lors de la déglutition, tout en assurant la fermeture du larynx pour éviter les fausses routes.

En outre, par rapport à sa taille et à son poids, les voies respiratoires du cheval sont relativement étroites. Ceci engendre une résistance significative au passage de l'air, particulièrement lors de l'inspiration. Il est estimé que doubler la résistance au passage de l'air, surtout en inspiration, peut multiplier par dix la résistance. Cette étroite corrélation entre la résistance de l'air et la structure des voies respiratoires rend le cheval particulièrement sensible à toute obstruction ou diminution du diamètre de ces conduits.

Les cavités respiratoires agissent également comme des caisses de résonance, amplifiant les bruits générés par le passage de l'air. C'est cette amplification qui rend audible la résistance accrue au passage de l'air, surtout lors de l'effort, se manifestant par le fameux cornage.

Les Différents Types de Cornage

Le cornage n'est pas une entité unique ; il existe plusieurs affections qui peuvent en être à l'origine, chacune produisant des caractéristiques sonores légèrement différentes. Le diagnostic précis repose sur l'analyse de ces variations sonores, couplée à des examens vétérinaires.

La Paralysie Laryngée (Hémiplégie Laryngée ou Neuropathie Laryngée Récurrente)

L'une des causes les plus fréquemment diagnostiquées de cornage est la paralysie laryngée. Cette affection affecte le nerf laryngé récurrent, responsable de la motricité de la quasi-totalité des muscles du larynx. Une altération de ce nerf entraîne une diminution du volume musculaire, affectant la capacité du larynx à s'ouvrir correctement lors de l'inspiration.

Le nerf laryngé récurrent possède deux branches, droite et gauche. L'atteinte de l'une ou l'autre de ces branches entraîne une incapacité du cartilage aryténoïde correspondant à pivoter correctement, limitant l'ouverture de la "porte" du larynx du côté affecté. Dans plus de 90% des cas, le problème survient du côté gauche. Bien que la raison exacte ne soit pas totalement élucidée, plusieurs hypothèses existent. Les branches gauche et droite du nerf laryngé récurrent sont parmi les plus longues de l'organisme. La branche gauche étant significativement plus longue (environ 250 cm en moyenne) que la droite (environ 30-40 cm de moins), son trajet plus complexe et plus étendu pourrait la rendre plus susceptible aux lésions.

Les chevaux atteints de paralysie laryngée sont souvent asymptomatiques au repos, bien qu'un hennissement inhabituel puisse parfois être observé. Cependant, dès qu'ils sont soumis à un effort, un ronflement inspiratoire apparaît et s'intensifie progressivement avec l'augmentation de l'intensité de l'exercice. Les conséquences sur les performances peuvent être désastreuses, assimilables à une intolérance à l'effort, comparable à un athlète humain ayant une partie des voies nasales obstruée et la bouche fermée pendant un effort intense.

Causes possibles de la paralysie laryngée :

  • Injection périveineuse irritante : L'injection de produits médicamenteux en dehors de la veine jugulaire peut irriter le nerf laryngé récurrent, étant une cause fréquente de paralysies du côté droit.
  • Mycose des poches gutturales : Une infection fongique peut affecter les nerfs avoisinants.
  • Traumatisme ou tumeur de la tête : Des lésions directes ou une croissance tumorale peuvent comprimer ou endommager le nerf.
  • Intoxication : L'exposition à certaines toxines peut avoir un effet neurotoxique.
  • Complication de l'anesthésie générale : Une hyperextension de l'encolure ou un mauvais positionnement de la tête durant une intervention chirurgicale peuvent léser le nerf.
  • Cause idiopathique : Dans de nombreux cas, la cause exacte reste inconnue.

Schéma du larynx équin

Le Déplacement Dorsal du Voile du Palais (DDVP)

Une autre affection courante, particulièrement chez les chevaux de course, est le déplacement dorsal du voile du palais. Dans ce cas, le voile du palais se déplace vers le haut, rompant l'étanchéité entre les voies respiratoires et digestives. Cela permet à l'air de passer sous le voile du palais lors de l'expiration, créant un bruit de gargouillement ou de ronflement, surtout pendant cette phase. Le cheval peut même se mettre à respirer par la bouche.

Bien que certains chevaux présentent un déplacement du voile du palais uniquement au repos, il est plus souvent observé lors d'efforts intenses. Le DDVP est souvent considéré comme un problème neurologique plutôt qu'anatomique, avec des causes multiples, y compris des dysfonctionnements de la musculature pharyngée ou des anomalies de la coordination entre la respiration et la déglutition.

Cheval de course : des examens médicaux très poussés - Le Magazine de la Santé

Le Diagnostic du Cornage

Face à un bruit respiratoire anormal chez un cheval, la consultation vétérinaire est impérative. Seul un professionnel pourra réaliser un examen approfondi et des examens complémentaires pour poser un diagnostic précis.

La méthode diagnostique de référence est la laryngoscopie, une endoscopie du larynx. Une petite caméra est introduite par la narine pour visualiser l'état du larynx, au repos et, idéalement, lors d'un effort induit (par exemple, sur un tapis roulant ou après une courte période de travail). Cette technique permet d'évaluer la mobilité des aryténoïdes, l'état des cordes vocales et la présence d'éventuelles obstructions ou anomalies. Pour les stades avancés de cornage, une endoscopie au repos peut suffire à visualiser l'effondrement du cartilage.

D'autres examens peuvent être utilisés :

  • Auscultation : L'écoute attentive du souffle du cheval, au repos comme à l'effort, peut donner des indications sur la localisation et la nature du bruit anormal. Différents sons (sifflements, ronflements, toux) peuvent orienter le diagnostic.
  • Palpation : Permet de détecter d'éventuelles douleurs ou anomalies au niveau du cou et de la gorge.
  • Examens complémentaires : Dans certains cas, des radiographies, des échographies ou même des analyses sanguines peuvent être nécessaires pour écarter d'autres pathologies ou identifier des causes sous-jacentes.

Les Traitements du Cornage

Les options thérapeutiques pour le cornage dépendent de la cause sous-jacente et de la sévérité de l'affection.

Traitement Chirurgical de la Paralysie Laryngée

La paralysie laryngée, lorsqu'elle affecte significativement les performances, peut nécessiter une intervention chirurgicale. L'objectif est de maintenir l'ouverture du larynx de manière permanente pour faciliter le passage de l'air. Plusieurs techniques existent :

  • Vocal Foldectomy (ablation de la corde vocale) : Consiste à retirer la corde vocale et le ventricule associés du côté affecté. Cette procédure peut être réalisée sous sédation et anesthésie locale, permettant au cheval de rester debout, minimisant ainsi les risques liés à l'anesthésie générale. Elle peut être effectuée à l'aide d'un laser sous contrôle endoscopique.
  • Laryngoplastie (tie-back) : Cette technique plus complexe vise à recréer une ouverture permanente du larynx en fixant le cartilage aryténoïde affecté à la paroi du larynx à l'aide de sutures chirurgicales. Elle est souvent réservée aux cas plus sévères où l'ablation de la corde vocale n'est pas suffisante.

Ces chirurgies visent à améliorer la qualité de vie du cheval et à restaurer ses capacités athlétiques, bien qu'elles ne garantissent pas toujours un retour aux performances optimales.

Prise en Charge du Déplacement Dorsal du Voile du Palais

Le traitement du DDVP commence par l'identification et la correction des facteurs favorisants, souvent par des approches médicales visant à réduire l'inflammation ou à améliorer la fonction musculaire. Si le traitement médical échoue, une intervention chirurgicale peut être envisagée pour stabiliser le voile du palais.

Le Cornage comme Vice Rédhibitoire

Il est important de noter que le cornage chronique est considéré comme un vice rédhibitoire dans le droit français. Cela signifie qu'un acheteur peut demander l'annulation de la vente ou un remboursement partiel s'il découvre que le cheval est atteint de cette affection dans un délai de dix jours suivant la livraison. Il est alors conseillé de faire appel à un avocat pour engager les démarches nécessaires auprès des tribunaux.

Cheval au repos dans un pré

La Respiration Équine : Un Indicateur Clé de la Santé et de la Performance

Au-delà du cornage, l'observation attentive du souffle d'un cheval, particulièrement durant l'effort, est essentielle pour évaluer son état de santé et ses performances athlétiques. Le système respiratoire équin est une machine remarquable, conçue pour la puissance et l'endurance. Il comprend les voies aériennes supérieures (narines, pharynx, larynx), les voies aériennes inférieures (trachée, bronches, alvéoles pulmonaires) et un ensemble complexe de muscles respiratoires (diaphragme, muscles intercostaux, muscles accessoires).

Les poumons du cheval sont volumineux et dotés d'une surface d'échange gazeux considérable, atteignant environ 70 m² chez un adulte. Le diaphragme est le moteur principal de la respiration, mais les muscles accessoires jouent un rôle crucial lors des efforts intenses, augmentant l'amplitude et l'efficacité de la ventilation.

Au repos, un cheval respire environ 12 à 16 fois par minute. Durant un effort intense, cette fréquence peut grimper jusqu'à 120-150 respirations par minute, accompagnée d'une augmentation significative de l'amplitude respiratoire. Cette hyperventilation permet de répondre à la demande accrue en oxygène des muscles actifs, un paramètre mesurable par le VO2max (débit maximal d'oxygène), indicateur clé de la capacité aérobie du cheval.

Les échanges gazeux au niveau des alvéoles pulmonaires (hématose) sont vitaux pour l'oxygénation des tissus. Une insuffisance respiratoire peut entraîner une hypoxie, affectant les performances et la santé générale du cheval.

Identifier les Signes d'Appel

Une auscultation attentive du souffle du cheval en effort peut révéler diverses anomalies :

  • Respiration sifflante : Peut indiquer un rétrécissement des voies aériennes, souvent lié à l'asthme équine ou à une inflammation bronchique.
  • Respiration bruyante ou ronflante : Peut signaler des sécrétions, des obstructions dans les voies respiratoires ou un problème laryngé.
  • Toux persistante : Un signe d'alarme qui ne doit jamais être négligé, pouvant indiquer une infection, une allergie ou une irritation.
  • Souffle rauque : Souvent associé à une respiration difficile, il peut signaler une obstruction des voies aériennes ou un problème laryngé.

La localisation du bruit (voies aériennes supérieures ou inférieures) est une information précieuse pour le vétérinaire.

Pathologies Respiratoires Courantes

Plusieurs pathologies peuvent être à l'origine de bruits respiratoires anormaux :

  • Asthme équine : Maladie inflammatoire chronique des voies aériennes, souvent aggravée par les allergènes (poussières, pollens, moisissures). L'exposition aux moisissures et aux endotoxines bactériennes dans les box en hiver, ainsi qu'aux polluants environnementaux (gaz d'échappement, SO2, NO2, ozone), peut exacerber cette affection.
  • Hémorragie pulmonaire d'exercice (EIPH) : Caractérisée par des saignements au niveau des poumons pendant l'effort, liée à une fragilité capillaire.
  • Infections respiratoires : Bactériennes ou virales, elles peuvent affecter les voies aériennes supérieures ou inférieures.
  • Dysfonctions du larynx : Incluant la paralysie ou la dysfonction des cordes vocales.
  • Problèmes dentaires : Peuvent indirectement affecter la respiration.
  • Mauvaise conformation du larynx : Des particularités anatomiques peuvent prédisposer à des difficultés respiratoires.

Facteurs Aggravants et Prévention

Plusieurs facteurs peuvent aggraver les bruits respiratoires :

  • Environnement pollué : Poussières, pollens, allergènes, gaz d'échappement.
  • Conditions climatiques : Température élevée, forte humidité.
  • Entraînement inapproprié : Surcharge du système respiratoire, manque de repos.
  • Alimentation déséquilibrée : Peut impacter négativement la santé respiratoire.

La prévention est primordiale. Elle repose sur :

  • Une litière de qualité : Sans poussière, absorbante, et régulièrement curée. Les émanations d'ammoniaque sont particulièrement irritantes pour les voies respiratoires. Il est conseillé de ne pas curer le box avec le cheval à l'intérieur pour éviter la dispersion de poussières.
  • Un fourrage de qualité : Faible en poussière respirable. Le foin humidifié ou traité peut être une solution.
  • Une alimentation équilibrée et riche en antioxydants.
  • Un environnement sain : Bonne ventilation des box, évitement des sources de pollution.
  • Un programme d'entraînement adapté et progressif.

Le Rôle Crucial du Vétérinaire

Le diagnostic des problèmes respiratoires complexes nécessite un examen clinique minutieux et, souvent, des examens complémentaires tels que l'endoscopie, les radiographies thoraciques, les analyses sanguines, ou des tests de performance respiratoire. Une collaboration étroite entre le propriétaire, le cavalier et le vétérinaire est essentielle pour assurer le bien-être et la performance du cheval. L'observation régulière du souffle du cheval, au repos et en effort, constitue un outil précieux pour la surveillance de sa santé respiratoire. La détection précoce des anomalies et une intervention rapide sont les clés pour préserver la santé et les capacités de l'animal.

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