Le Frison, surnommé « la perle noire », est une race de chevaux emblématique originaire de la province de Frise, aux Pays-Bas. Reconnaissable à sa robe uniformément noire et à son allure baroque, ce cheval est le fruit d'une longue histoire, souvent sujette à des interprétations façonnées par les identités régionales et nationales. Bien que des origines anciennes lui soient souvent prêtées, la définition moderne du Frison remonte à la constitution de son registre généalogique en 1879, marquant une étape clé dans son affirmation en tant que race distincte.

Des Origines Anciennes et Contestées
L'histoire du Frison est régulièrement déformée, notamment sous l'influence du nationalisme qui a poussé à lui rechercher des origines les plus anciennes possibles, en les ancrant dans le territoire. Des sources font remonter la présence de chevaux en Frise à mille ans avant J.-C., évoquant même une influence des Frisii, un peuple germanique de cavaliers mentionné par les Romains. Jules César aurait d'ailleurs fait référence aux « formidables chevaux de bataille du peuple frison ». L'historien romain Tacite, en revanche, décrivait les chevaux de la Frise comme « exceptionnellement laids ». Cependant, la Frise fut dépeuplée au IVe siècle, rendant improbable la continuité d'une race de chevaux élevée localement. Il n'existe aucune preuve documentée permettant d'affirmer que les chevaux antiques soient les ancêtres directs du Frison moderne, l'archéologie ne démontrant aucune continuité entre les chevaux du peuple des Frisii et ceux de la Frise médiévale. La taille des chevaux antiques est également nettement inférieure à celle du Frison moderne.
Le Moyen Âge : L'Émergence d'un Type Reconnaissable
Au cours du Moyen Âge, les chevaux présents en Frise ont gagné en taille, devenant en moyenne de 10 à 15 cm plus grands que ceux des pays baltes. Cette particularité aurait été transmise aux chevaux frisons au fil des siècles. Le cheval de type frison est ainsi bien connu en Europe à partir du XIVe siècle, et établi dans une région s'étendant le long de la côte de la mer du Nord à la fin du Moyen Âge, incluant l'Allemagne frisonne orientale. Les chevaux de Guillaume le Conquérant à la bataille d'Hastings présentent d'ailleurs certaines ressemblances avec le Frison.
Les chevaux de Frise deviennent célèbres au XIIIe siècle. Tout au long des XIIIe et XIVe siècles, les habitants de la Frise vendent des chevaux dans toute l'Europe occidentale, particulièrement à Cologne, mais aussi dans la Gueldre, les Flandres et en France. Les chevaux frisons sont cités dans la poésie médiévale et les romans de chevalerie, loués pour leurs qualités de destriers, ou au contraire méprisés et assimilés à des roncins. Il existe des preuves d'élevage dans les monastères de Frise aux XVe et XVIe siècles, dans un contexte où les monastères européens du Moyen Âge jouent un rôle économique important. La Frise est unanimement reconnue comme l'un des lieux d'élevage équin majeurs de l'époque. Il est possible que des chevaux orientaux, ramenés des croisades et de la Reconquista via la France, soient arrivés en Frise médiévale, mais il est difficile de savoir s'ils ont eu une influence sur le cheptel local à l'époque. Certaines sources évoquent des croisements avec le Barbe et l'Arabe, ainsi qu'avec des chevaux tchèques et hongrois.

Le Siècle d'Or du Frison : Influence Ibérique et Prestige
Aux XVIe et XVIIe siècles, le Frison vit son âge d'or. La noblesse et les haras européens en acquièrent massivement. Pendant l'invasion espagnole des Pays-Bas puis l'annexion de la Frise par Charles Quint, le Frison reçoit l'influence de chevaux andalous et castillans, qui lui apportent leur trot gracieux et leur port d'encolure altier. Ses allures hautes et légères lui valent une bonne réputation pour la haute école et la traction des carrosses des nobles. Le modèle de ce cheval s'allège et s'affine. C'est à partir de ce croisement que la race frisonne s'est véritablement constituée, devenant un cheval baroque associé à l'époque.
À partir de 1600, son élevage devient un élément important de l'économie néerlandaise, avec des exportations vers la Grande-Bretagne et la France. Les académies d'équitation de Paris et d'Espagne se remontent avec le Frison. Georges-Guillaume Ier de Brandebourg importe des étalons frisons en 1624. Le Frison arrive aussi à Manhattan avec le peuplement hollandais de cette île, en 1625, mais la population d'origine est perdue après le peuplement anglais. La demande en chevaux est devenue si importante que les officiers militaires pressent les États généraux néerlandais d'interdire leur exportation. Pour résoudre le problème de la baisse de qualité du cheptel en raison d'une trop forte demande, une réglementation spécifique à la race est introduite, les étalons reproducteurs devant être approuvés par un magistrat et un responsable.
L'écrivain italien Cesare Fiaschi, qui travaille pour le duc de Ferrare, possède vers 1556 un cheval nommé Frisonzello (petit Frison), le duc possédant lui-même un cheval originaire de Frise de robe pie, nommé Pia. Le Frison arrive en nombre à La Rochelle au début du XVIIe siècle, pour les travaux d'assèchement du marais poitevin ; bon nombre de ces animaux restent sur place après les travaux. En 1562, le Frison fait partie des six races de chevaux majeures citées par l'Allemand Hans Kreutzberg.
Le Cheval Frison
Le Déclin et la Redéfinition au XIXe Siècle
Le Frison connaît une éclipse culturelle au XVIIe siècle, l'une des rares citations de la race étant celle de Georg Simon Winter dans son Traité des haras. Il connaît ensuite une éclipse au XVIIIe siècle. La réglementation de l'État vacille au milieu du siècle. Louis XIV, après avoir obtenu par le traité des Pyrénées une partie des Pays-Bas méridionaux, promulgue une loi pour fournir les officiers de l'armée de ces chevaux, et octroie des primes d'élevage aux meilleurs étalons reproducteurs, dans l’intérêt de la cavalerie militaire. Les officiers supérieurs de l’armée profitent de ses allures relevées, de son trot léger et rapide et de son port d’encolure pour intimider l’ennemi au combat. Cependant, le rôle du cheval de cavalerie diminue continuellement au profit de celui du cheval d'artillerie. Gaspard de Saunier cite dans La Parfaite connaissance des chevaux les qualités du Frison pour la traction des carrosses. Sa description morphologique ressemble à celle de la race moderne. Dans les sources écrites, le Frison est clairement distingué du « Hollandais » ; c'est notamment le cas dans le Parfait Cocher de La Chesnaye des Bois, qui décrit la race comme étant idéale pour l'attelage.
Malgré sa renommée comme cheval d'attelage, au XIXe siècle, le Frison voit son aire d'élevage se réduire et se cantonner au Nord des Pays-Bas. Il forme un seul type avec l'Oldenbourg et, comme lui, est en déclin au début des années 1800, son élevage n'étant plus lucratif, avec des prix de vente particulièrement bas. Les éleveurs de la Frise refusent d'utiliser les étalons d'État placés dans la région en croisement avec leur cheptel, particulièrement dans les régions où les courses au trot sont populaires. De plus, la Frise entre en récession économique. Le Frison est considéré comme trop lourd pour la cavalerie et est utilisé pour les travaux agricoles ainsi que pour des courses de trot, des courses montées ou attelées à la chaine frisonne (une voiture à deux roues de style rococo). Pour améliorer ses performances, les éleveurs n’hésitent pas à le croiser avec le Trotteur d’Orlov de Russie.
En 1829, la Frise publie un décret décrivant ce qu'est un cheval frison, ainsi que des réglementations visant à sauver la race et limiter les croisements. Cependant, le roi Guillaume Ier s'intéresse essentiellement au Pur-sang, plutôt qu'au Frison, et soutient à ce titre le haras de Borculo, dont les choix d'élevage renforcent l'hostilité des éleveurs de la Frise envers le pouvoir central. L'élevage et le commerce s'étant améliorés, le décret de protection du Frison est révoqué en 1854. La modernisation de l’agriculture met aussi la race en péril. En 1865, la loi hollandaise visant à protéger l’élevage local est abrogée et les importations de chevaux lourds, plus aptes à tracter les machines agricoles, sont permises. Le cheval frison est peu à peu remplacé par l'Oldenbourg, plus rentable. Une importance croissante est accordée aux registres généalogiques du cheval d'attelage. Van den Berg propose l'adoption de tels registres pour améliorer l'élevage du Frison, mais la mode européenne et l'essor de l'élevage basé sur ces registres dans d'autres pays, notamment en Allemagne au milieu du XIXe siècle, ont mis à mal l'élevage et le commerce local. Parallèlement, les autorités de la province de Frise se désengagent de la préservation du Frison, et le nationalisme frison se renforce.
La Naissance du Frison Moderne : Le Registre Généalogique
C’est en 1879 que le registre généalogique du cheval Frison est ouvert, peu après celui de la race bovine frisonne. Il est placé sous la responsabilité du Het Friesch Paarden-Stamboek, dans un contexte où « les responsables de la race ont lié cette prédilection pour l'élevage au nationalisme culturel frison, en plaçant la race au cœur de l'histoire et de l'identité culturelle régionales ». Le type de cheval recherché correspond aux modèles antérieurs à 1815. Au moment de la création du stud-book du Frison, ce type dit « pur » a pratiquement disparu. Cette re-définition exclut les chevaux des régions voisines jadis décrits et vendus comme frisons et impose le noir comme seule couleur de robe acceptée.
La sélection reprend sur la base de deux étalons nommés Paulus et Prins, et s'associe à la classe aisée de la paysannerie sous l'impulsion de deux aristocrates locaux, Cornelis van Eysinga et Arent Johan Vegelin van Claerbergen. Il est soutenu que le choix du noir comme seule couleur de robe autorisée résulte de la perception des chevaux du Groningue et des Pays-Bas, souvent bais, comme étant « impurs ». L'ouverture d'un registre entraîne aussi l'exclusion progressive des chevaux qui ne correspondent pas aux critères de la race nouvellement définis. Le haras De Oorsprong ouvre en 1885 à Huisterheide. Cette même année naît l'étalon Nemo 51, qui figure dans presque toutes les lignées. La sélection est marquée par les idées de l'aristocratie de l'époque, fondées sur la notion de race pure, sur l'identité et sur un sentiment de supériorité, avec une résistance face à la « menace » que représente le succès des chevaux de trait Groningue, Ostfriesen et Oldenbourg.

La Menace de Disparition et la Renaissance
Le Frison a quasiment disparu au début du XXe siècle, devenant moins utilisé dans le nord des Pays-Bas face au cheval de travail dit Bovenlander. En 1908, il ne reste plus que dix étalons. En 1910, ils ne sont plus que quatre et en 1913, seuls subsistent Prins 109 P, Alva 113 P et Friso 117 P, ainsi qu'une centaine de juments. Les croisements étrangers sont toujours interdits. Cornelis van Eysinga réunit les membres du stud-book le 19 décembre 1913 à Leevwarden, pour réorganiser l'élevage et empêcher l'extinction du Frison de « pure race ». Cela motive une sélection sur un modèle de cheval de travail de la terre, plus trapu, éloigné du cheval baroque, et permettant une remontée des effectifs.
La Première Guerre mondiale met un terme temporaire aux importations de chevaux étrangers. Lors de la Seconde Guerre mondiale, le Frison est utilisé à la traction et au labour en raison des pénuries de véhicules motorisés et de carburant. Il révèle ses meilleures aptitudes au labour sur des terrains argileux et sableux, effectuant aussi la fenaison, le hersage et le sardage. Il reste quelques milliers de chevaux à la fin des années 1940. La motorisation de l'agriculture fait perdre au Frison son principal débouché économique, les agriculteurs néerlandais n'ayant plus les moyens de garder et d'entretenir un cheval pour leur seul plaisir. Malgré cette crise, le stud-book Frison conserve une aura de prestige.
En 1954, la Société d'élevage du Frison est élevée au rang de Société royale par la reine Juliana. Au milieu des années 1960, il ne reste plus qu'environ 500 juments enregistrées. Le Frison est alors menacé en raison d'un engouement immodéré pour le Pur-sang.
Le Frison Aujourd'hui : Élégance et Polyvalence
Le Frison est aujourd'hui apprécié pour sa grande élégance, sa robe unie et son port de tête relevé. Il est principalement utilisé à l'attelage et sous la selle, notamment en dressage. Sa beauté et son tempérament en font également une star du spectacle et du cinéma.
Il est important de ne pas confondre le Frison occidental avec le Frison oriental, qui est une race de chevaux distincte. Le Frison occidental est nommé « Frison occidental » par certaines sources pour faciliter cette distinction. Son nom provient de sa région d'origine, la Frise, qui se distingue du reste du pays, les Pays-Bas, par « une certaine réserve ».
Tous les Frison actuels descendent d'un nombre particulièrement réduit d'étalons fondateurs, ce qui a engendré une importante consanguinité et, par conséquent, des maladies génétiques associées. Les recherches se poursuivent pour améliorer la santé de la race tout en préservant ses caractéristiques uniques.
Le Frison, avec son histoire riche et complexe, continue de captiver par son allure majestueuse et son caractère noble, incarnant une véritable « perle noire » du monde équin.