La Vulve de la Jument : Blessures, Causes et Solutions Chirurgicales

La vulve, organe génital externe de la jument, est une zone d'une importance capitale pour la santé reproductive et le bien-être général de l'équidé. Bien que les examens internes soient réservés aux professionnels vétérinaires, les propriétaires et cavaliers ont la responsabilité de surveiller attentivement cet organe. Des lésions à la vulve, qu'elles soient accidentelles ou liées à des malformations, peuvent entraîner des complications sérieuses, allant de l'infertilité à des difficultés lors du poulinage. Comprendre les causes possibles de ces blessures, les symptômes associés et les traitements disponibles est essentiel pour assurer la santé de la jument.

L'Observation Attentive de la Vulve : Une Prévention Essentielle

Il est primordial d'accorder une attention particulière aux organes génitaux des juments, et plus spécifiquement à la vulve. Au-delà de l'examen visuel de l'organe lui-même, il convient d'observer la face inférieure de la queue pour rechercher d'éventuelles souillures provenant de la vulve. Ces signes peuvent indiquer un écoulement anormal ou une irritation.

Dans toutes les situations impliquant l'examen de la vulve, il est impératif de prendre des mesures de sécurité pour parer aux éventuels coups de pied, une réaction de défense naturelle chez les juments. Il est également crucial d'éviter toute forme de nettoyage intempestif et systématique, qui pourrait risquer de provoquer une infection locale.

En période de chaleurs, généralement de mars à août dans l'hémisphère nord, un écoulement de mucus, souvent mélangé à de l'urine, est tout à fait normal. On observe également, dans des conditions physiologiques, un "clignement" de la vulve, qui laisse apparaître la muqueuse vulvaire par intermittence. Ces signes cycliques ne doivent pas être confondus avec une pathologie.

Jument observant sa vulve

Blessures Vulvaires : Causes et Conséquences

Les blessures à la vulve peuvent survenir pour diverses raisons. Parmi les causes les plus fréquemment évoquées, on retrouve :

  • La saillie : Une saillie "sauvage", c'est-à-dire non contrôlée, peut entraîner des blessures. Chez les juments de course, par exemple, il n'est pas rare de suturer les vulves pour éviter le "pompage d'air", qui peut causer des problèmes d'infection et nuire à l'entraînement. Si une jument est saillie alors que sa vulve est suturée, cela peut provoquer des déchirures importantes. De même, un étalon trop "bas" lors de la saillie peut occasionner une lacération.
  • Les coups de pied : Un coup de pied mal placé peut causer des blessures graves à la vulve, surtout si la jument est pleine, comme cela a été observé chez des juments en fin de gestation.
  • Les morsures : Bien que moins fréquentes, des morsures par d'autres chevaux, notamment des jeunes étalons ou hongres en phase de découverte de leur environnement, peuvent également survenir.
  • Les défauts de conformation : Certaines juments présentent des défauts de conformation de la vulve, tels qu'une commissure supérieure trop haute. Cela peut favoriser l'entrée d'éléments extérieurs (crottins, air, bactéries) dans le vagin, entraînant des infections utérines récurrentes et une diminution de la fertilité. Ce phénomène est connu sous le nom de "pneumovagin".
  • Le poulinage : Le processus de poulinage lui-même peut être une source de blessures, surtout en cas de dystocie (difficulté à mettre bas) ou de positionnement anormal du poulain. Les déchirures du vagin, allant de l'anus au rectum, ont été rapportées dans des cas de poulinage, nécessitant une intervention chirurgicale rapide.

Les conséquences de ces blessures peuvent être multiples :

  • Douleur et refus de saillie : Une jument blessée à la vulve risque de ressentir une douleur significative lors d'une saillie, pouvant la pousser à refuser l'étalon et potentiellement blesser ce dernier ou l'inséminateur en se défendant.
  • Aggravation de la lésion : La pénétration lors d'une saillie peut aggraver une lésion vulvaire préexistante.
  • Infections utérines et infertilité : Comme mentionné, les défauts de conformation favorisant le pneumovagin peuvent entraîner des infections utérines chroniques, réduisant considérablement la fécondité de la jument.
  • Complications lors du poulinage : Les déchirures vulvaires ou vaginales peuvent rendre le poulinage particulièrement risqué, tant pour la mère que pour le poulain.

Traitements Chirurgicals : Vulvoplastie et Sutures

Face à ces problèmes, la médecine vétérinaire propose plusieurs solutions chirurgicales.

La Vulvoplastie

La vulvoplastie est une intervention chirurgicale visant à corriger un défaut de conformation de la vulve. Son objectif principal est d'abaisser la commissure supérieure de la vulve en dessous du plancher du vagin. Cette procédure est particulièrement indiquée pour prévenir l'entrée et la rétention d'éléments extérieurs dans le vagin, réduisant ainsi le risque d'infections utérines et améliorant la fertilité.

La vulvoplastie se pratique généralement sous anesthésie locale, parfois avec une tranquillisation, et la jument est placée dans une position adéquate. La technique consiste à retirer une partie de la muqueuse vaginale et à recoudre les lèvres vulvaires afin d'abaisser la commissure inférieure. Cette opération est bénéfique tant pour la reproduction que pour le sport équestre.

Schéma d'une vulvoplastie

La Suture Vulvaire (Opération de Caslick)

La suture vulvaire, dont la technique la plus courante est celle de Caslick, est de plus en plus utilisée dans les élevages et chez les particuliers. Elle est souvent indiquée pour obtenir une gestation plus tranquille, pour lutter contre l'infertilité ou pour prévenir les avortements.

L'opération de Caslick consiste à pratiquer une ouverture sur les deux grandes lèvres de la jument, sur environ les deux tiers de leur longueur totale, laissant le tiers inférieur ouvert pour permettre l'écoulement des liquides. Les plaies sont ensuite suturées, joignant les lèvres vulvaires.

Les précautions avant l'opération incluent une mise à jeun de 24 heures, un nettoyage méticuleux de la zone, un rasage des poils et une contention adéquate de la jument. Après l'intervention, un nettoyage et une désinfection quotidiens, ainsi qu'un traitement antibiotique et anti-inflammatoire, sont recommandés pendant 3 à 10 jours. La majorité des juments cicatrisent sans complication.

Avantages des sutures vulvaires :

  • Limitation des contaminations : Elles réduisent l'entrée de bactéries dans l'utérus, favorisant ainsi la fécondation et le maintien de la gestation.
  • Amélioration de la fertilité : Chez les juments présentant des malformations génitales et souffrant de pneumovagin, la suture peut résoudre le problème.
  • Réduction des irritations chroniques : Elles peuvent diminuer les douleurs chroniques liées aux irritations des voies génitales causées par les crottins ou les diarrhées.
  • Aide à la récupération post-poulinage : Dans les cas d'avortement ou de mise bas difficile, la suture aide la vulve à retrouver une forme normale et prévient les infections.

Inconvénients des sutures vulvaires :

  • Risque lors du poulinage : Si la suture n'est pas retirée avant le poulinage, le poulain peut la déchirer, causant des blessures graves. Il est donc crucial de prévoir le moment du poulinage et de découdre la vulve 10 à 15 jours avant.
  • Persistance d'infections : Si une infection utérine est déjà présente, la suture peut la maintenir et empêcher une gestation.
  • Réactions immunitaires et inflammations : La suture peut parfois déclencher des réactions immunitaires violentes ou une inflammation utérine chronique.
  • Formation d'adhérences : La cicatrisation peut entraîner des adhérences qui nécessitent une intervention supplémentaire ou provoquent une rétention de liquides.

apprentissage suture

La Dystocie : Une Urgence Vétérinaire

La dystocie, ou difficulté à mettre bas, est une complication relativement rare chez les chevaux, survenant dans moins de 10 % des poulinages. Elle est caractérisée par un délai anormalement long entre la rupture de la poche des eaux et la naissance du poulain.

Signes de dystocie :

  • Un délai de 20 à 30 minutes entre la rupture du chorioallantoïde (la poche des eaux) et la naissance du poulain.
  • L'absence de présentation du poulain (sabot, nez) à la vulve pendant le travail actif.
  • Une orientation anormale des membres du poulain.
  • Une détresse évidente chez la jument.

Causes de dystocie :

La cause la plus fréquente est un positionnement ou une posture anormale du poulain à l'intérieur de l'utérus, empêchant une mise bas aisée. Cela peut inclure des membres fléchis, une tête mal positionnée, ou des malformations fœtales comme l'hydrocéphalie (chez les poneys). Une taille fœtale excessive est rarement la cause chez les chevaux, car ils semblent réguler la croissance fœtale. Des cas rares de torsion utérine peuvent également survenir.

Certaines races, comme les chevaux de trait, les Frisons, les Shetlands et les chevaux miniatures, présentent un risque plus élevé de dystocie.

Conséquences de la dystocie :

La dystocie représente un risque majeur pour la jument et le poulain. Pour la jument, elle peut entraîner des déchirures de l'appareil reproducteur, des hémorragies, des lésions nerveuses, une rétention placentaire et une diminution de la fertilité future. Pour le poulain, une dystocie prolongée compromet l'apport en oxygène, augmentant le risque d'asphyxie néonatale, de lésions cérébrales, de syndrome du "poulain factice" (syndrome d'inadaptation néonatale) ou de décès.

Prise en charge de la dystocie :

La dystocie est considérée comme une urgence vétérinaire. Un diagnostic rapide est essentiel. Le vétérinaire procède à un examen manuel pour déterminer la position, la présentation et la posture du poulain, ainsi que pour évaluer l'état de la jument.

Dans de nombreux cas, une mise bas vaginale assistée peut être réalisée à la ferme, impliquant la correction de la position du poulain. Si cette intervention n'aboutit pas à la naissance dans un délai de 15 à 20 minutes, une référence vers un hôpital vétérinaire est nécessaire pour une intervention chirurgicale, potentiellement une césarienne. Les taux de survie des juments après césarienne sont relativement élevés, mais ceux des poulains sont beaucoup plus faibles.

Lésions du Col Utérin : Un Aspect Souvent Sous-estimé

Les lésions du col utérin, bien que moins fréquentes, peuvent être une cause significative de subfertilité, voire d'infertilité chez les juments. Elles sont souvent sous-diagnostiquées. Ces lésions peuvent inclure des déchirures, des adhérences intracervicales, des défauts de fermeture ou des fibroses.

Les déchirures du col utérin sont majoritairement la conséquence du poulinage, qu'il soit normal ou dystocique. Elles peuvent se présenter sous forme de lacérations partielles ou complètes.

Diagnostic et traitement :

Un examen gynécologique approfondi, incluant la palpation manuelle et parfois l'échographie transrectale, est essentiel pour diagnostiquer ces lésions. En cas de suspicion ou de détection de déchirure, un traitement à base d'altrénogest peut être administré pour améliorer la précision de l'examen.

Si une intervention chirurgicale est nécessaire, elle vise à suturer les plans du col utérin (muqueuse cervicale interne, musculeuse, muqueuse externe). La préparation préopératoire inclut une antibiothérapie, une sédation et une anesthésie épidurale.

Complications et pronostic :

Le risque de récidive de la déchirure cervicale lors du poulinage suivant est fréquent. Le pronostic reproducteur post-chirurgical dépend de nombreux facteurs tels que l'âge de la jument, la gravité de la lésion, et la présence d'autres anomalies. Dans les cas de déchirures complexes ou de défaut de fermeture diagnostiqué en cours de gestation, un cerclage du col peut être mis en place pour le maintenir fermé jusqu'à terme.

Conclusion

La santé de la vulve et de l'appareil reproducteur de la jument est un aspect fondamental de son bien-être et de sa capacité reproductive. Une observation attentive, une hygiène rigoureuse et une intervention vétérinaire rapide et appropriée sont les clés pour prévenir et traiter les diverses affections touchant ces organes. Que ce soit par une simple surveillance, une vulvoplastie corrective, une suture de Caslick préventive, ou une intervention chirurgicale pour des lésions plus complexes, chaque mesure vise à garantir la santé et la longévité de nos équidés. La communication ouverte avec votre vétérinaire et la prise en compte de son expertise sont primordiales face à toute préoccupation concernant la santé de votre jument.

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