La Pharyngite Folliculaire Hyperplasique chez le Cheval : Comprendre et Gérer une Affection Courante

La pharyngite folliculaire hyperplasique (PFH) est une affection qui touche particulièrement les jeunes chevaux, souvent découverte fortuitement lors d'examens de routine. Bien que largement répandue, son étiologie reste encore relativement méconnue. Cette inflammation chronique du pharynx se caractérise par la présence de follicules lymphoïdes hypertrophiés dans la muqueuse, entraînant des degrés variables d'érythème et d'œdème. Comprendre la PFH, de son anatomie sous-jacente à ses manifestations cliniques et à ses approches thérapeutiques, est essentiel pour les propriétaires et les vétérinaires équins.

Anatomie du pharynx équin

Le Pharynx Équin : Une Structure Essentielle aux Fonctions Multiples

Le pharynx, comparable à un tube musculo-membraneux, est stratégiquement positionné entre le septum nasal et le larynx. Il joue un rôle crucial dans la déglutition et la respiration. Sa structure complexe comprend des muscles constricteurs (inférieurs, moyens et supérieurs) et dilatateurs, dont le muscle stylopharyngé, majeur dilatateur du nasopharynx. L'appareil hyoïdien, comprenant des muscles de l'encolure, le thyrohyoïde et le cératohyoïde, contribue également à la fonction pharyngienne.

Chez le cheval, la respiration est exclusivement nasale, ce qui impose que le palais mou reste positionné sous l'épiglotte pendant l'inspiration. Les nerfs glossopharyngien, vague et hypoglosse, qui innervent la majorité de ces muscles, traversent les poches gutturales, soulignant l'interconnexion anatomique de cette région.

Un Rôle Immunitaire Clé : L'Anneau de Waldeyer

Le pharynx est une première ligne de défense immunitaire majeure. Le tissu lymphoïde local associé à la muqueuse, formant l'anneau de Waldeyer, est riche en cellules immunitaires. L'épithélium des tonsilles palatines et linguales est modifié, formant un épithélium réticulaire par infiltration de cellules lymphoïdes (lympho-épithélium). Ce tissu lymphoïde, organisé en follicules et amas, est doté d'un réseau veineux spécialisé dans la circulation et la migration des lymphocytes, renforçant ainsi la réponse immunitaire locale.

La Physiologie Respiratoire Équine : L'Importance du Diamètre des Voies Aériennes

La résistance à l'écoulement de l'air dans les voies respiratoires est inversement proportionnelle au diamètre des voies. Une diminution significative du rayon multiplie considérablement la résistance, selon la loi de Poiseuille. Chez le cheval, l'inspiration est principalement assurée par le diaphragme, capable de générer des pressions négatives importantes. Ces pressions peuvent induire un collapsus des tissus mous, particulièrement dans la région pharyngo-laryngée. Pour pallier ce risque et minimiser la résistance, les voies respiratoires supérieures doivent s'adapter en modifiant leur diamètre, leur rigidité et leur conformation. La contraction des vaisseaux sanguins des muqueuses et l'activité musculaire régulent le calibre des voies. Les mécanorécepteurs présents dans la muqueuse nasopharyngée, innervés par les nerfs trijumeau et glossopharyngien, jouent un rôle dans cette adaptation. L'activité des muscles de l'appareil hyoïdien permet d'élargir le nasopharynx durant l'inspiration.

Diagramme des voies respiratoires supérieures du cheval

La Pharyngite Folliculaire Hyperplasique : Définition et Manifestations

La PFH est une inflammation chronique caractérisée par une hyperplasie des follicules lymphoïdes dans la muqueuse pharyngienne. L'examen histologique révèle une augmentation des cellules lymphoïdes au sein des nodules pharyngiens. La prévalence est particulièrement élevée chez les chevaux de deux à trois ans, présentant souvent les signes les plus sévères. Cette incidence accrue chez les jeunes chevaux pourrait être liée à une plus grande densité de follicules lymphoïdes dans leur pharynx. Une pharyngite de degré I ou II est généralement considérée comme normale chez un cheval de deux ans.

Cependant, des lésions plus sévères (degrés III et IV) peuvent entraîner des symptômes tels que des troubles de la déglutition (dysphagie), des symptômes respiratoires (jetage nasal, bruits respiratoires) et une adénopathie sous-mandibulaire modérée. La PFH elle-même entraîne peu de signes cliniques et ne diminue généralement pas les performances.

Étiologie de la PFH : Facteurs Multiples et Encore Mal Compris

L'étiologie de la PFH reste en grande partie énigmatique. Le début du travail et les changements d'environnement, survenant généralement entre 18 et 36 mois, exposent les jeunes chevaux à de nouveaux stimuli allergènes, irritants et infectieux. La PFH pourrait être une réponse adaptative normale du pharynx à ces nouvelles expositions. Le passage du pré à l'écurie est également suspecté d'être un facteur déclenchant.

Des études ont exploré les causes bactériennes et virales. En 1985, Hoquet et coll. ont observé une concentration bactérienne pharyngienne significativement plus élevée chez les chevaux atteints de PFH de degré III ou IV par rapport aux animaux sains. Les bactéries retrouvées chez les chevaux sains et faiblement atteints incluent Corynebacterium spp., staphylocoques, Nocardia spp., Moraxella spp. et Enterobacter spp. Chez les chevaux plus gravement atteints, la flore bactérienne est modifiée, dominée par Moraxella spp., Streptococcus zooepidemicus, Pseudomonas aeruginosa, staphylocoques et Enterobacter.

Bien qu'une comparaison avec la pharyngite humaine, principalement virale chez les jeunes enfants (Influenza, Rhinovirus), soit tentante, l'étiologie semble différente chez le cheval. Une étiologie virale est moins probable, Burrell n'ayant démontré aucun lien avec le virus équin de l'herpès 2 (EHV-2). La vaccination contre EHV-1 et la grippe n'offre pas de protection contre la PFH. Néanmoins, l'inoculation expérimentale d'EHV-1 et EHV-2 a permis de reproduire une PFH chez de jeunes chevaux.

Conséquences de la PFH : Peu de Signes Directs, Potentiels Impacts Indirects

La PFH en elle-même a peu de conséquences directes sur la santé du cheval, étant le plus souvent asymptomatique. Les signes cliniques, lorsqu'ils sont présents, sont modérés et peu spécifiques : toux déclenchable, jetage nasal bilatéral, légère hypertrophie des ganglions lymphatiques régionaux. Aucune association significative n'a été prouvée entre le degré de PFH et les performances en course.

Le principal problème lié à la PFH pourrait résider dans les suites de l'inflammation locale. Si l'inflammation s'étend aux poches gutturales ou affecte le plexus pharyngien, cela peut entraîner des dysfonctionnements neuromusculaires du pharynx. Par exemple, une anesthésie du nerf glossopharyngien peut causer un collapsus dorsal du nasopharynx et une obstruction des voies respiratoires. Des études en médecine humaine sur l'apnée obstructive du sommeil ont montré une inflammation et une neuropathie de la muqueuse pharyngienne s'étendant aux muscles adjacents.

Des études récentes suggèrent un lien potentiel entre la PFH et l'incidence du DDVP (Déséquilibre Dynamique des Voies Supérieures). Lors d'endoscopies de routine aux États-Unis, le DDVP apparaît plus facilement et fréquemment chez les chevaux atteints de PFH de degré III ou IV que chez ceux présentant un degré I ou II.

M. Depecker - JRE Journée de la recherche équine 2013 - Prélèvement et voies respiratoires profondes

Prise en Charge et Traitement de la PFH

La gestion de la PFH dépend des signes cliniques, de la tolérance des lésions et de leur origine.

  • Évaluation Clinique Complète : Un examen clinique complet est indispensable pour évaluer les troubles associés. Il doit inclure l'examen des ganglions lymphatiques sous-mandibulaires et rétropharyngiens, une évaluation pulmonaire, une numération formule sanguine et, éventuellement, une analyse bactériologique du pharynx.

  • Traitement Médicamenteux :

    • Corticostéroïdes systémiques : Peuvent être envisagés si l'animal ne répond pas aux mesures environnementales (réduction des poussières, repos) et si une cause bactérienne ou une maladie pulmonaire est exclue.
    • Anti-inflammatoires locaux : Des sprays à base de glycérine, DMSO 90%, nitrofurazone et prednisolone peuvent être utilisés.
  • Repos et Environnement : La mise au repos complet de l'animal est recommandée durant le traitement, idéalement dans un environnement bien ventilé et avec une réduction des poussières. Pour les chevaux sensibles aux allergènes, privilégier des litières moins poussiéreuses (copeaux) et humidifier ou purifier le foin est bénéfique. Une bonne ventilation des écuries est essentielle.

  • Attente Vigilante : En l'absence de maladies associées ou de troubles fonctionnels significatifs, le praticien peut opter pour une approche attentiste.

  • Troubles Fonctionnels Respiratoires : En cas de troubles fonctionnels des voies respiratoires supérieures (collapsus, DDVP), il est recommandé de traiter la pharyngite avant d'envisager une intervention chirurgicale.

La PFH dans le Contexte des Maladies Respiratoires Équines

Il est important de distinguer la PFH d'autres affections respiratoires courantes chez le cheval. Les maladies respiratoires sont fréquemment d'origine virale (grippe équine, rhinopneumonie équine), et les antibiotiques ne sont pas efficaces contre les virus. Le repos et les soins de soutien sont alors primordiaux. Les infections bactériennes peuvent survenir en surinfection, nécessitant alors un traitement antibiotique ciblé, guidé par des prélèvements bactériologiques.

La toux, symptôme fréquent des affections respiratoires, peut être liée à diverses causes : coup de froid, infections virales ou bactériennes, asthme équin, allergies, ou encore hémorragie pulmonaire induite par l'exercice. L'asthme équin, en particulier, est une cause majeure de toux chronique, souvent liée à une exposition prolongée à des allergènes environnementaux. La gestion de l'environnement (foin humide, litière sans poussière, ventilation) est cruciale dans ces cas.

Le diagnostic des affections respiratoires repose sur l'examen clinique (auscultation, palpation), l'endoscopie, la radiographie thoracique, et des analyses de laboratoire (numération formule sanguine, analyses cytologiques et bactériologiques des voies respiratoires). Une approche pragmatique et rigoureuse est essentielle pour le praticien équin afin de différencier une simple inflammation locale d'une maladie contagieuse et d'adapter la thérapeutique en conséquence.

La PFH, bien que souvent bénigne, souligne l'importance de comprendre la physiologie complexe des voies respiratoires équines et le rôle de la réponse immunitaire locale dans la santé du jeune cheval. Une surveillance attentive et une intervention appropriée, lorsque nécessaire, contribuent à assurer le bien-être et les performances de ces animaux.

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